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samedi 2 mars 2024
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Aérien : 350 000€ d’étude pour “une compagnie mahoraise”

Création ex nihilo ou rachat d'Ewa Air, plusieurs options sont sur la table pour le conseil départemental qui veut investir dans l'aérien. Malgré la crise sanitaire, le gaz du Mozambique offre des perspectives de développement à Mayotte. Mais pas forcément au bénéfice des voyageurs.

Comment améliorer la desserte aérienne à Mayotte ? Le pourquoi est aussi multiple que connu : prix élevés, territoire enclavé, situation de quasi-monopole d’Air Austral, kérozène hors de prix à l’aéroport, et une piste jugée trop courte pour favoriser la concurrence (ce que le retour de Corsair en décembre et les capacités de nouveaux appareils peut remettre en débat). Mais si ces constats ne sont pas récents, la quête de solutions l’est davantage.

Emmanuel Macron lors de sa visite il y a un an avait promis la piste longue. Reste les autres défis à relever : les prix, la concurrence, et in fine, le désenclavement de l’île.

Pour les relever le Conseil départemental a déboursé pas moins de 350 000€ d’études auprès de cabinets spécialisés, pour identifier les problèmes et chiffrer des solutions.

En premier lieu, la “problématique du kérozène qui coute beaucoup plus cher qu’ailleurs”, 55% de plus en moyenne que dans les autres aéroports de la zone selon un des cabinets consultés. Pour y faire face seules des négociations avec Total peuvent donner quelque chose. Des réflexions ont été menées sur le prix de vente, sur l’approvisionnement. Faire venir le carburant d’une autre destination que le moyen-orient pourrait-il tirer les prix vers le bas ? Les réflexions sont en cours.

Un hangar de maintenance pourrait attirer des compagnies à Mayotte

Un hangar de maintenance conséquent est aussi dans les tiroirs, afin d’attirer les compagnies à Mayotte : offrir la possibilité de réparer ici un pneu, un amortisseur ou toute autre pièce d’usure aiderait à faire de Mayotte un “hub” dans la zone. Avec l’augmentation du trafic prévue par l’exploitation du gaz du Mozambique, ce type d’investissement trouverait son intérêt.

Mais ce qui a le plus occupé le “comité de pilotage” et la restitution des réflexions des cabinets vendredi matin au Conseil départemental, ce sont les pistes de création d’une “compagnie mahoraise”. Si Ewa a fait de ce terme une identité de marque, l’utilisation du code de transporteur aérien d’Air Austral et la répartition de ses parts n’en fait pas une compagnie locale à part entière. Dès lors pour le CD, deux pistes permettraient de faire décoller cette idée :

La première, et sans doute la plus simple, c’est un rachat des parts d’Ewa Air par le Conseil départemental et la CCI de Mayotte à Air Austral. La compagnie deviendrait ainsi propriété des Mahorais. Une telle manœuvre nécessiterait des montages financiers dans lesquels on ne rentrera pas ici mais présenterait des avantages : en effet Air Austral prévoit de rediriger au besoin les ATR d’Ewa vers le Mozambique si le projet gazier en fait une destination rentable. Ce qui laisserait le champ libre aux nouveaux actionnaires pour développer à l’envi des destinations régionales, voire nationales, vers Paris, Marseille ou Saint-Pierre. A aussi été évoquée la possibilité d’injecter des fonds dans Ewa. Une piste qui pour Ben Issa Ousseni, président de l’ADIM “n’intéresse pas les Mahorais”.

Autre piste à l’étude, la création pure et simple d’une compagnie strictement locale. Là encore plusieurs formes juridiques sont à l’étude, allant de la société d’économie mixte à la délégation de service public. Une telle création permettrait aussi au Département d’investir dans les destinations sus-mentionnées si Ewa se déroute vers Pemba. Dans tous les cas il ne s’agira pas de “concurrencer Ewa” mais de proposer “d’autres destinations” que celles déjà desservies.

Mais si l’enthousiasme est palpable, plusieurs freins se posent d’ors et déjà.
D’abord, le prix du carburant reste rédhibitoire. Sans une baisse “de 25 à 40%” du prix du kérozène, une compagnie locale n’aurait aucune chance d’être rentable, sauf à être largement subventionnée -ce qui reporterait sur le contribuable les surcoûts-.

Ben Issa Ousseni

Ensuite, la crise sanitaire survenue pendant les études peut changer la donne : sans un rebond rapide de l’activité aérienne, et du tourisme dans la zone, le “business plan” envisagé ne tiendrait plus la route.

Enfin, la difficulté à rendre une telle compagnie rentable implique un prix des billets qui serait sans doute proche de ce qu’il est déjà, privant les Mahorais de l’avantage premier qu’ils attendent d’une compagnie locale.

Pour Kris Kordjee, présidente de l’association des usagers de l’aérien à Mayotte (Autam), ces études passent à côté de l’objectif qu’elles sont censées servir. “Tout ça c’est beau il y a des perspectives mais pour l’usager c’est zéro” déplore-t-elle.

Y.D.

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