26.9 C
Dzaoudzi
lundi 27 mai 2024
AccueilorangeLes raisons de la volonté de maintien de l’urgence sanitaire à Mayotte,...

Les raisons de la volonté de maintien de l’urgence sanitaire à Mayotte, malgré un tassement de l’épidémie

« Il n’y a plus d’entrée en réanimation depuis 15 jours à Mayotte », indique le chef du SAMU de Mayotte sur Antenne Réunion. Les départements de Mayotte et de la Guyane sont placés depuis deux semaines dans le même panier orange des territoires où le virus circule encore. Une assimilation qui tient peu la route. La députée Ramlati Ali nous rapporte son échange avec la ministre des Outre-mer.

Arrêtons de comparer Mayotte à la Guyane. Comme le rappelait la ministre des Outre-mer Annick Girardin interpellée par un député à l’Assemblée nationale, la Guyane a été l’objet de mesures fortes en mars à la suite de retour de malades du rassemblement évangélique de Mulhouse, qui ont porté ses fruits puisque la diffusion du virus a été contenue jusqu’à mi-mai. Ensuite, le département français d’Amérique a été victime du déplacement de l’épicentre de la pandémie vers ce continent, dont le frontalier Brésil, avec des enjeux migratoires forts.

A Mayotte, la contagion a été décalée avec la métropole en mars, étroitement liée aux arrivées en avion qu’on a stoppées tardivement. Cela aurait eu moins d’incidence, si les tests et le port du masque avaient été déployés de suite. Or, les autorités sanitaires en minimisaient l’utilité, comme en métropole, ce qui a laissé le temps au virus de circuler. Le temps de mettre en place un pont aérien, on a manqué de réactifs pour les tests, empêchant de cantonner les foyers qui étaient trop tardivement détectés. Depuis, il semble que nous ayons atteint un pic dans la deuxième quinzaine de mai, et que le virus soit désormais moins virulent hors cluster. « Nous sommes en train de sortir de l’épidémie », nous indique au téléphone la députée et médecin Ramlati Ali. Les faits lui donnent raison.

Députée, Mayotte , Annick Girardin
La députée Ramlati Ali nous rapporte son entretien avec la ministre Annick Girardin

Comme nous l’avions rapporté, et d’après le dernier bulletin de Santé Publique France, on assiste à une diminution des cas positifs hormis les clusters, et comme les dépistages restent aléatoires, nous avions mis en évidence le fléchissement des accès aux urgences depuis fin mai.

Moins d’évasans que l’année dernière…

Le docteur Ludovic Iché, Responsable du SAMU au Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) livre d’ailleurs plusieurs constats encourageants : « Il n’y a plus d’entrée en réanimation depuis 15 jours à Mayotte », indiquait-il sur Antenne Réunion. Autre élément frappant : « Depuis le début du confinement et de la crise, on a effectué 135 évacuations sanitaires (evasan) depuis le 1er mai, contre 144 à la même période l’année dernière sans crise sanitaire » ! Il rajoute même que sur 24 patients Covid positif évacués, 10 l’ont été « pour soulager les places ici », à Mayotte. Et pour des pathologies aggravantes.

Il semble dès lors, que nous ne puissions pas être traités sur le même pied que la Guyane. Annulées là-bas, la tenue des élections ici, avec toutes les précautions que cela suppose, en est un exemple. « On ne peut plus être comparés avec la Guyane », a expliqué la députée mahoraise à la ministre.

Covid, urgences, Mayotte
Les urgences moins sollicitées pour le Covid

La remise en route des vols commerciaux a été évoquée rue Oudinot lors de l’entretien lundi entre la députée mahoraise et Annick Girardin. Malgré un décret qui maintient les conditions impérieuses de voyage, des premiers vols commerciaux ont été menés. « A partir de la semaine prochaine, nous devrions pouvoir circuler vers le territoire national sans justificatifs », croit savoir la députée.

« Le préfet pourra décider du confinement d’éventuels foyers”

B787, Air Austral, Mayotte
Le B787 d’Air Austral en reprise de vols commerciaux lundi dernier

Imposer une quatorzaine à l’arrivée à Paris lui semble excessif, « on ne nous l’a pas imposé lors de la phase la plus active du virus à Mayotte ! ». Surtout, la quatorzaine avait été partiellement censurée par le conseil constitutionnel en mai dernier pour être privative de libertés, qui la subordonnait à l’accompagnement d’un juge. Ramlati Ali demande en conséquence un test 3 jours avant au départ de Mayotte, comme cela va se faire cet été dans l’autre sens, pour se rendre en outre-mer. Cette mesure pourrait même être vue comme un moyen de pression pour obtenir l’acheminement massif de tests.

Si l’évolution de l’épidémie chez nous se « stabilise », voire décroit, dissociant notre trajectoire de celle de la Guyane, un point nous rapproche cependant : le risque que fait peser l’immigration clandestine sur la diffusion régionale de la maladie. Contrairement à l’Amérique du Sud, notre région n’est pas un épicentre de la maladie, mais les portes d’une Afrique dont certains pays sont particulièrement vulnérables, sont proches. Et la situation aux Comores reste floue.

Thani Mohamed Soilihi : “Si la décision de maintien en urgence sanitaire était prise, elle doit être accompagnée “

Pour cette raison, le maintien de l’état d’urgence sanitaire* jusqu’au 30 octobre à Mayotte et en Guyane quand il va officiellement sauter le 10 juillet dans le reste du pays, ne semble pas incongru à la députée qui l’a défendu auprès de la ministre : « Nous avons une épée de Damoclès au-dessus de la tête avec les Comores, avec de possibles clusters liés à l’immigration clandestine. »

Pour son confrère le député Mansour Kamardine, c’est une “stigmatisation” de notre département qui n’a pas de lien avec la réalité d’une épidémie en décroissance.

Si une telle décision était prise, on pourrait tirer des éléments positifs, selon le sénateur Thani Mohamed Soilihi: “L’état d’urgence sanitaire  n’implique pas un confinement, mais laisse des marges de manœuvres au préfet. Il pourra isoler ou confiner tel ou tel village où le virus se remettrait à circuler. Il y a aussi des catégories de populations fragiles à protéger davantage. » Il évoque un accompagnement indispensable de ce maintien d’état d’urgence sanitaire, « avec un confinement possible à la carte, en fonction des clusters. »

D’ailleurs, le gouvernement joue de prudence sur le plan national également, en organisant une sortie de l’état d’urgence sanitaire pour le 10 juillet, comprenant une période transitoire jusqu’à fin octobre avec la possibilité d’introduire des restrictions. Et si la tendance s’améliore à Mayotte, la date buttoir du 30 octobre pourrait être avancée.

Anne Perzo-Lafond

* La déclaration de l’état d’urgence sanitaire autorise le Premier ministre à prendre par décret des mesures limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion (y compris des mesures d’interdiction de déplacement hors du domicile), des mesures de réquisition de tous biens et services nécessaires pour mettre fin à la catastrophe sanitaire, des mesures temporaires de contrôle des prix

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

AVIS DE CONSTITUTION AUTO SHOP 976

139521
  Par acte SSP du 14/09/2022, il a été constitué une SAS dénommée : AUTO SHOP 976 Siège social : 25 Rue Bahoni 97615 Pamandzi Capital :...
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Campagne, politique, Mayotte

Tribune – De l’art du discours à la formule

139521
Qui pour relever les défis de nos grands orateurs du passé ? Peu de noms émergent de la tribune de Madi Abdou N'tro, voire aucun, sur les dernières campagnes, laissant sans doute "un sentiment d'imposture" chez les électeurs

Départementales Sada : remaniements en vue au conseil départemental

139521
L’issue du scrutin a parlé : c’est donc le binôme Soula Saïd Souffou/Mariam Saïd Kalame qui intègre les bancs de l’assemblée départementale. Ce qui implique des réélections au menu du conseil départemental les jours prochains. Avec l’éventualité d’une refonte complète des vice-présidences, comme nous l’expliquons

Départementales partielles : Soula S. Souffou et Mariame S. Kalame élus avec 52,26% des voix

139521
Ils étaient en tête au premier tour, et ont creusé l’écart à l’issue du second : le binôme surprise Souffou/Kalame qui n’était pas présent sous cette configuration en 2021, est le nouveau duo d’élus qui intègre le conseil départemental.
Comores, Azali Assoumani

Comores : un ténor de l’opposition appelle à une désescalade politique

139521
L’ancien gouverneur de la Grande-Comores, Mouigni Baraka Said, estime qu’il est temps de dialoguer avec le président Azali Assoumani dans l’intérêt du pays et de la population. L’homme politique se reconnait toujours dans l’opposition mais s’oppose toutefois à "ces querelles sans fin et sans véritable perspectives de sortie de crise". Une démarche mal digérée par les autres opposants qui refusent tout dialogue avec le président Azali Assoumani depuis son élection le 24 mars 2019.
Départementale, Sada, Mayotte

Départementales partielles à Sada : Saïd Souffou-Mariam Kalame en tête

139521
Le 1er tour de l'élection partielle des conseillers départementaux du canton de Sada se tenait ce dimanche 25 septembre. Le canton est toujours scruté de prés pour être l'un des épicentres politiques locaux. Les élections...