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samedi 2 mars 2024
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Quand le théâtre permet aux jeunes d’être acteur de leur propre rôle dans la vie

Le festival Baobab suit son cours, avec des pièces jouées par les scolaires en journée, et par des comédiens plus confirmés en soirée. Et parfois les premiers rejoignent les seconds… des pépites émergent. En tout cas, ils en tirent tous bénéfice, comme le montrent leurs témoignages.

Mercredi matin, Aimé Césaire, Aristophane, Molière ou Claudel se partageaient la scène, interprétés par des comédiens en herbe, CM2 de K3, 6ème du collège de Passamainty, et plus aguerris, comme les Terminales spécialités du lycée des Lumières. Si dans l’histoire du théâtre, toutes les adaptations de classiques ne sont pas des réussites, ceux là ont été choisis pour entrer en raisonnante avec des pans de la société mahoraise.

D’emblée Lysistrata plante le décor, « le salut de Mayotte dépend des femmes », elle et son groupe de copines vont s’efforcer d’en faire un truisme en imposant leur volonté aux hommes. A l’origine, Lysistrata est une pièce du poète comique grec du Vème siècle avant J.-C., Aristophane.

Des acteurs en devenir

Lysistrata dont le nom signifie « celle qui défait les armées », est exaspérée par la guerre qui fait rage depuis des années. Jeunes et moins jeunes partent au combat, laissant femmes et enfants. Face à cette situation, loin de se résigner Lysistrata a un plan qu’elle communique à toutes les autres femmes de la cité : faire la grève de l’amour pour forcer les hommes à rétablir la paix !

En transposant le récit à Mayotte, Lysistrata appellera à la rescousse les habitantes de l’ensemble de l’île, « combaniennes, miréréniennes ! », râlant contre « ces kawéniennes qui sont toujours en retard », pour ramener à la raisons les hommes, accusés de perpétrés les guerres, et là, entre villages. Le serment est un pilier de l’Histoire de Mayotte, elles vont en faire un, celui de ne plus avoir d’époux dans leur lit, ni d’amant, appuyées par l’oracle plus cru que nature, jusqu’à l’arrêt des guerres.

« D’un coup, beaucoup d’émotions »

Des talents explosent au cours de ces représentations, des primaires aux Terminales, on se dit que le festival doit absolument se territorialiser, pour que chaque commune puisse donner cette chance aux jeunes.

Lancement du festival par Gilles Halbout, entouré d’Aurélien Dupouey-Delezay, de Patrick Loval, le proviseur, et de Clémence Goarnisson, Chargée de mission Théâtre

C’était notamment le discours du recteur Gilles Halbout lors de l’inauguration, qui mettait l’accent sur le nécessaire développement des métiers du spectacle vivant, et en déplorant que « les lieux de culture manquent », soulignait l’importance d’offrir aux jeunes ces moments à la fois de détente et culturels, « entre deux périodes de violences que connaît l’île, ce sont des bouffées d’oxygène ».

Cette opportunité, ils sont plusieurs à l’avoir choisie, pour commencer en option dans leur établissement et concrétiser par une spécialité au Bac.

Gérald : “J’ai appris le texte de ma copine dans le bus”

Gérald n’est pas bien grand, et pourtant, il a déjà un témoignage à livrer. Scolarisé en 6ème à Passamainty, il a choisi l’option théâtre « sans savoir ce que c’était » : « On m’a bien expliqué ce que c’était, mais c’est quand j’ai commencé à jouer que j’ai senti d’un coup beaucoup d’émotions. Maintenant, ça m’aide à être bien, je n’ai plus le trac. ». Quant à la difficulté de retenir les répliques, « non, j’ai pas de problème. Ce matin, on a appris que mon amie avec qui je jouais était malade, j’ai appris son texte dans le bus, dans les embouteillages, et je l’ai joué. C’était le rôle du juge dans ‘Le procès du loup’, c’était super ! »

 

 

Victor, à gauche, et Ben ne vivent pas la même expérience

Victor et Ben non plus ne regrettent pas d’avoir choisi cette option, scolarisés respectivement en 5ème et 4ème à K2.
Victor : « Ça m’a apporté de la confiance en moi, j’avais du mal à prendre des décisions, ça m’a donné une meilleure diction. Et j’ai adoré, on a des profs incroyables, même s’il y en a une qui s’énerve un peu. Mais j’ai des difficultés à mémoriser, même quelque chose que j’ai appris il y a 5 secondes. Du coup là, ça va un peu mieux pour les leçons, il faut aussi que j’y mette du mien et que j’apprenne vraiment ».
Ben : « J’avais peur de prendre la parole en public, le théâtre m’aide énormément. Je n’ai pas de problème pour mémoriser mes textes, mais j’ai le trac. Pas au point d’oublier mes répliques, mais j’ai l’impression que je ne vais pas y arriver, du coup, je me force à prendre du recul ».
Ils sont tous les deux déterminés à poursuivre l’aventure jusqu’en Terminale. Leurs pièces préférées, c’est l’Avare de Molière pour Ben, « parce que c’est trop drôle les révélations à la fin, celui que son père Harpagon veut forcer à épouser, c’est le père de celui qu’elle aime ! », et pour Victor, « Le menteur » de Corneille.

Rachida veut poursuivre sur l’impro

C’est depuis la 3ème que l’option théâtre a accompagné Rachida, qui en a fait une de ses spécialités en Terminale générale : « J’étais timide, ça m’a permis de m’ouvrir et de prendre la parole à l’oral ». Pour le festival, elle joue dans deux pièces, de Claudel, « Le Soulier de satin », et l’autre de Molière, « à un moment, dans ‘L’école des femmes’, on s’est un peu perdues avec ma partenaire, je me suis rattrapée en improvisant, quelque chose, je me suis sentie très à l’aise. » La pièce qu’elle a préféré jouer, c’est Electre de Sophocle, « c’est la première fois que je montais sur les planches, et c’est ce qui m’a incité à prendre cette spécialité en Terminale ».

La soirée d’inauguration mettait en lumière la dernière pièce d’Ari Art, « Mtoro dongo », sur le thème des croyances et des monstres, plutôt adressée aux enfants, mais qui reflète un voyage initiatique d’un enfant, Kayiss, qui aura grandi après cette aventure.

Kayiss et son ombre dans Mtoro Dongo

Le Festival Baobab avait commencé son histoire dans le Sud avec notamment Ari Art il y a 9 ans, avant de venir se nicher il y a 5 ans aux Lumières, la preuve que les planches de Baobab peuvent essaimer un peu partout dans l’île.

Anne Perzo-Lafond

 

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