29.9 C
Dzaoudzi
mardi 16 avril 2024
AccueilorangeCrise du système de santé à Mayotte : appel à se désolidariser...

Crise du système de santé à Mayotte : appel à se désolidariser de l'ARS OI

Pharmacie pancarteLes abords de la pharmacie du dispensaire de Jacaranda à Mamoudzou, étaient difficilement accessibles ce vendredi matin à 9 heures. Il sont encore plus que d’habitude à se presser devant le guichet, et pour cause, les agents viennent d’exercer pendant une heure leur droit de retrait.

« Nous avons été verbalement agressés la semaine dernière, ça devient intenable », explique Guillaume Tchikaya, préparateur en pharmacie au plus gros dispensaire de l’île. Ils sont 5 préparateurs et 3 aides à avoir décidé de stopper le travail pour dénoncer leurs conditions de travail. « Nous devons gérer 20% de patients en plus chaque année », explique-t-il, saisissant un cahier écorné, rempli de chiffres, « la semaine dernière, nous avons reçu 327 personnes, celle d’avant, 420. »

Il explique que l’effectif ne suit pas, pire, il régresse, « nous sommes 3 préparateurs à œuvrer en permanence, quand il en faudrait 5. Les patients se sont énervés quand ils ont vu qu’on arrêtait de prendre les carnets avant l’heure. Mais quand ils remplissent les 5 bacs, on sait qu’on ne peut plus accueillir personne. »

Communiquer auprès des assurés sociaux

Les casiers de carnets de santé débordent
Les casiers de carnets de santé débordent

Il déplore que malgré les infrastructures construites par le Centre Hospitalier de Mayotte, les effectifs ne suivent pas, « on sait que le CHM a du mal à recruter étant donné l’image de Mayotte donnée notamment sur les sites d’’expats’, mais il faudrait au moins communiquer auprès des Mahorais qui sont assurés sociaux, pours qu’il se rendent en pharmacie privée, notamment ceux qui sont pris en charge à 100%pour pathologie grave. »

Car le dispensaire et sa pharmacie ne sont pas seulement fréquentés par des patients en situation irrégulière. S’y rendent aussi tous les assurés sociaux qui n’ont pas de mutuelle. « Une personne a attendu 5h pour une plaquette de Doliprane l’autre jour ! »

A ce mouvement fait écho celui entamé le mois dernier par les médecins urgentistes de l’hôpital, qui, au SAMU, au SMUR et pour les Evasan, dénoncent un fonctionnement qui est de nature à faire «courir des risques aux patients du fait du sous-effectif, et de (leur) épuisement».

Se recentrer sur Mayotte

Dans un communiqué envoyé ce vendredi, le syndicat Solidaires-SUD Santé Sociaux Mayotte apporte son soutien au combat des médecins urgentistes qui avaient publié le mois dernier une lettre ouverte (Lire lettre ouverte urgentiste mayotte 22 mars 2017), et appelle à se désolidariser de la politique régionale de santé. Il y voit un « frein à toute politique d’autonomie de gestion hospitalière par les acteurs sociaux » et un « schéma d’harmonisation régional qui consiste à faire des économies et diminue les besoins réels de l’hôpital. »

Le syndicat en appelle tout d’abord aux élus locaux sur l’axe de la gestion de la formation dont ils ont la charge, « la promotion d’orientation des métiers de la santé au niveau scolaire doit faire partie des urgences afin de rattraper le retard pour combler le déficit du personnel qualifié et des spécialistes. » Il est également fait mention des PMI, « il est inconcevable qu’ils soient privés de moyen de fonctionnement depuis plusieurs années et que les services de prévention de santé publique soit abandonné au dépend de l’hôpital public ».

Booster le personnel local

L'ARS OI toujours critiquée pour sa gestion centrée sur La Réunion
L’ARS OI toujours critiquée pour sa gestion centrée sur La Réunion

Face à la crise d’attractivité, il est dénoncé ensuite les méthodes de recrutement, qui accordent plus de place à une « garantie d’évacuation sanitaire en cas de crise grave », en plus de l’indemnité salariale, qu’à la mise en place de plateaux techniques ou d’encadrement des étudiants, comme c’est le cas dans les autres départements.

Les demandes du syndicat sont à mettre en corrélation avec la crise qui frappe depuis quelques semaines le CHU de La Réunion, et les vérités apportées par le rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales (IGAS) : « La mise en place immédiate d’une Agence régionale de Santé à Mayotte indépendante de la gestion de l’Agence de santé de l’océan Indien basée à La Réunion, la séparation de l’hôpital de Mayotte du Groupement Hospitalier de Territoire », une direction locale de l’ensemble des organismes de gestion sanitaire et sociale régionaux, le maintien en poste des agents non-titulaires, « et un plan de titularisation des professionnels dès la fin de la période d’essai. »

Dans la même lignée, le syndicat retoque l’idée d’une université régionale, et invite l’Etat à assumer sa garantie d’offre de soin à tous les habitants en l’étendant à l’Aide médicale d’Etat (AME) et la Couverture maladie universelle.

Une santé pensée à partir des problématiques du territoire, pour « redéfinir un réel schéma d’orientation de la santé », et non de modèles calqués de l’extérieur, conclut-il.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

AVIS DE CONSTITUTION AUTO SHOP 976

139510
  Par acte SSP du 14/09/2022, il a été constitué une SAS dénommée : AUTO SHOP 976 Siège social : 25 Rue Bahoni 97615 Pamandzi Capital :...
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Campagne, politique, Mayotte

Tribune – De l’art du discours à la formule

139510
Qui pour relever les défis de nos grands orateurs du passé ? Peu de noms émergent de la tribune de Madi Abdou N'tro, voire aucun, sur les dernières campagnes, laissant sans doute "un sentiment d'imposture" chez les électeurs

Départementales Sada : remaniements en vue au conseil départemental

139510
L’issue du scrutin a parlé : c’est donc le binôme Soula Saïd Souffou/Mariam Saïd Kalame qui intègre les bancs de l’assemblée départementale. Ce qui implique des réélections au menu du conseil départemental les jours prochains. Avec l’éventualité d’une refonte complète des vice-présidences, comme nous l’expliquons

Départementales partielles : Soula S. Souffou et Mariame S. Kalame élus avec 52,26% des voix

139510
Ils étaient en tête au premier tour, et ont creusé l’écart à l’issue du second : le binôme surprise Souffou/Kalame qui n’était pas présent sous cette configuration en 2021, est le nouveau duo d’élus qui intègre le conseil départemental.
Comores, Azali Assoumani

Comores : un ténor de l’opposition appelle à une désescalade politique

139510
L’ancien gouverneur de la Grande-Comores, Mouigni Baraka Said, estime qu’il est temps de dialoguer avec le président Azali Assoumani dans l’intérêt du pays et de la population. L’homme politique se reconnait toujours dans l’opposition mais s’oppose toutefois à "ces querelles sans fin et sans véritable perspectives de sortie de crise". Une démarche mal digérée par les autres opposants qui refusent tout dialogue avec le président Azali Assoumani depuis son élection le 24 mars 2019.
Départementale, Sada, Mayotte

Départementales partielles à Sada : Saïd Souffou-Mariam Kalame en tête

139510
Le 1er tour de l'élection partielle des conseillers départementaux du canton de Sada se tenait ce dimanche 25 septembre. Le canton est toujours scruté de prés pour être l'un des épicentres politiques locaux. Les élections...