27.9 C
Dzaoudzi
dimanche 26 mai 2024
AccueilEconomie« L’objectif n’est pas de chercher des fonds, mais de développer l’agriculture...

« L’objectif n’est pas de chercher des fonds, mais de développer l’agriculture »

C’est au sein d’une MJC de Koungou d’une saleté affligeante, aux murs noircis, en attente d'un bon coup de lessive et de peinture, et à la chaleur étouffante, que des questions de fonds sur l’agriculture étaient abordées sous la présidence de Raïssa Andhum, 3ème vice-présidente Chargée de l’Aménagement et du développement durable.

A écouter Soibaha Chanfi, de la Direction des Ressources terrestres et maritimes du Département, il faudrait tout remettre à plat en matière de politique agricole, « on marche sur la tête ». Dur constat pour un 1er comité de pilotage du Plan sectoriel du Développement Agricole et rural (PSDAR) du Nord de Mayotte, censé déterminer les actions d’accompagnement à la redynamisation et l’augmentation de la production des cultures et des élevages, tout en protégeant l’environnement et la santé des mahorais, et en vue de répondre à la demande de produits frais dans les cuisines centrales et le ravitaillement dans les marchés.

Le technicien part d’un constat, dont le premier point est transversal à tous les domaines à Mayotte : « Les fonds européens ont été mis en place, mais nous n’arrivons pas à les capter car l’agriculture n’est pas structurée ». Un passage en Région ultrapériphérique européenne précocement acté sur un territoire peu développé par l’Etat, en sont la causes. Ce qui doit amener les Mahorais à se réveiller, appelle-t-il : « Le conseil départemental doit récupérer la gestion des fonds, mais auparavant, accompagner le développement de l’agriculture. Car ces fonds ne sont pas calibrés pour nos spécificités. »

D’une île verte à une île rouge

Un public réduit, dans un local déprimant

Autre facteur bloquant, « l’ingénierie » autour des exploitations agricoles : « Les techniciens de la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt, la DAAF, ne connaissent pas, pour la plupart, la production en zone tropicale. » Il s’explique : « On continue à planter des bananiers un peu partout, y compris en zone aride, alors que la banane est composée de 97% d’eau. On commet les mêmes erreurs pour beaucoup de plantations, on s’aperçoit que des maladies arrivent, et on nous recommande de l’Ecophyto, mais commençons par proposer un diagnostic agraire avant chaque prévision de culture. »

Les problématiques de blocage étaient évoquées lors de ce 1er comité de pilotage, la problématique foncière, « elle ne se résoudra qu’en découpant l’île en plusieurs zones sur lesquelles il faudra travailler », celle de l’eau, « c’est de la folie, comment peut-on laisser notre île s’abîmer comme ça, avec des défrichements sauvages, nous devons nous mobiliser. Nous sommes passés d’une île verte à une île rouge ! »

« Décolonisation des cerveaux »

Le percutant Soibaha Chanfi a listé les enjeux

Pour venir à bout de ces problèmes, il le martèle, « les Mahorais doivent être acteur, ils doivent décoloniser leurs cerveaux et prendre leur développement à bras le corps. Nous devons retravailler notre écosystème, il y a des difficultés, mais les difficultés c’est d’abord nous–mêmes. »

Quand il énumère les niches, on prend la mesure de l’éventail des possibles, « on aime manger chips et frites, mais nous importons des pommes de terre alors que nous pourrions proposer des chips de manioc à grande échelle et des frites de fruit à pain ». Et bien meilleures que des pommes de terre importées et stockées dans des chambres froides. Et se plaint de procédés inversés, « l’objectif n’est pas d’aller chercher des fonds, mais de développer l’agriculture ».

Car les enjeux sont aussi grands que les marchés : « La restauration collective est un puissant levier, avec 100.000 scolaires cette année à Mayotte, le centre pénitentiaire, les collectivités. Ce sont des débouchés, mais aussi des créations d’emploi et un avenir économique. »

Sa conclusion totalement défaitiste, « nous sommes juste des consommateurs bêtes et méchants, là ! », incite à lancer un appel pour que les collectivités de Mayotte relèvent ce défi en se concertant.

Anne Perzo-Lafond

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

2 Commentaires

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

AVIS DE CONSTITUTION AUTO SHOP 976

139511
  Par acte SSP du 14/09/2022, il a été constitué une SAS dénommée : AUTO SHOP 976 Siège social : 25 Rue Bahoni 97615 Pamandzi Capital :...
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Campagne, politique, Mayotte

Tribune – De l’art du discours à la formule

139511
Qui pour relever les défis de nos grands orateurs du passé ? Peu de noms émergent de la tribune de Madi Abdou N'tro, voire aucun, sur les dernières campagnes, laissant sans doute "un sentiment d'imposture" chez les électeurs

Départementales Sada : remaniements en vue au conseil départemental

139511
L’issue du scrutin a parlé : c’est donc le binôme Soula Saïd Souffou/Mariam Saïd Kalame qui intègre les bancs de l’assemblée départementale. Ce qui implique des réélections au menu du conseil départemental les jours prochains. Avec l’éventualité d’une refonte complète des vice-présidences, comme nous l’expliquons

Départementales partielles : Soula S. Souffou et Mariame S. Kalame élus avec 52,26% des voix

139511
Ils étaient en tête au premier tour, et ont creusé l’écart à l’issue du second : le binôme surprise Souffou/Kalame qui n’était pas présent sous cette configuration en 2021, est le nouveau duo d’élus qui intègre le conseil départemental.
Comores, Azali Assoumani

Comores : un ténor de l’opposition appelle à une désescalade politique

139511
L’ancien gouverneur de la Grande-Comores, Mouigni Baraka Said, estime qu’il est temps de dialoguer avec le président Azali Assoumani dans l’intérêt du pays et de la population. L’homme politique se reconnait toujours dans l’opposition mais s’oppose toutefois à "ces querelles sans fin et sans véritable perspectives de sortie de crise". Une démarche mal digérée par les autres opposants qui refusent tout dialogue avec le président Azali Assoumani depuis son élection le 24 mars 2019.
Départementale, Sada, Mayotte

Départementales partielles à Sada : Saïd Souffou-Mariam Kalame en tête

139511
Le 1er tour de l'élection partielle des conseillers départementaux du canton de Sada se tenait ce dimanche 25 septembre. Le canton est toujours scruté de prés pour être l'un des épicentres politiques locaux. Les élections...