27.9 C
Dzaoudzi
jeudi 22 février 2024
AccueilEconomieHausse des taux de fret : l’envolée des prix de l’alimentation animale se...

Hausse des taux de fret : l’envolée des prix de l’alimentation animale se paie

Les éleveurs tentent de s’organiser face à une flambée des coûts des matières premières. A l’instar de La Réunion, ils doivent initier un regroupement de la filière, qui permettra une meilleure coordination et l’absorption des chocs. Une veille se met en place du côté de la DAAF pour anticiper une éventuelle rupture d’approvisionnement sur plusieurs produits alimentaires.

On comprend mieux l’inflation dans le caddie des ménages en juillet et août. Parmi les produits qui ont vu leur prix grimper le mois dernier, les viandes et volailles et les œufs se challengent les premières places, avec respectivement +1,6% et +0,7% de hausse. Notamment en cause, l’augmentation de l’alimentation des animaux. « Nous sommes passés de 396 euros la tonne à 486 euros, prés de 100 euros de hausse ! », se lamente Ali Ambody, producteur d’œufs. C’est un habitué des problématiques agricoles, qui interpelle régulièrement sur les insuffisance du secteur agricole à Mayotte. Il était jusqu’à il y a deux ans, à la tête de la coopérative COMAVI, ciblée sur les aviculteurs. Lui et plusieurs éleveurs de l’île ont décidé de monter un syndicat le SEM 976, « nous sommes déjà une cinquantaine, et l’objectif est de grossir encore. »

Face à une flambée des prix de la provende (nourriture animale) de plus de 20%, ils ont tiré la sonnette d’alarme à la DAAF (Direction de l’Agriculture). Qui a provoqué une réunion le 25 août dernier, en présence de l’unique ‘provendier’ Ekwali, d’un représentant de la chambre, de la conseillère départementale de Bandrélé, et du syndicat SEM 976. Selon Ali Ambody, aucune décision n’a été prise à l’issue. « A La Réunion, s’est posé le même problème, et l’Etat a pris en charge la hausse », nous explique-t-il, article des Echos à l’appui.

Les prix sont répercutés à la grande distribution, pour les éleveurs les plus structurés

« Des prix historiquement hauts »

En réalité, chez ses collègues de l’île Bourbon, c’est la structuration très avancée de la filière permet d’amortir le choc, et non une participation de l’Etat. Réunis en interprofessions, producteurs, provendiers, transformateurs, distributeurs et importateurs, se procurent une meilleure coordination et une verticalité dont chaque maillon amortit un peu de la charge. Guillaume Rubin, directeur d’Ekwali, provendier de Mayotte, détaille le mécanisme : « A La Réunion, le modèle coopératif d’URCOOPA qui fabrique l’alimentation de bétail, leur permet de travailler avec une caisse de péréquation : quand les prix sont bas, ils encaissent, et quand ils montent, ils décaissent. Ça permet de lisser un peu. Mais cette fois, la hausse est tellement importante, qu’ils sont au même niveau que nous. »

En cause, la hausse des matières premières, « surtout les céréales, mais là, nous connaissons une accalmie qui va se poursuivre sur les mois à venir. Ce qui pose problème, ce sont les taux de fret qui s’envolent », comme nous l’avions craint face à la spéculation mondiale sur les containers… « Du coup, les prix qui étaient historiquement bas l’année dernière, sont cette année historiquement hauts, ils ont quasiment pris 100 euros. Nous avons personnellement rogné sur nos marges, mais la hausse est trop importante. » Les aides à l’importation de l’Europe l’aident à tenir le coup. Il évoque une filière réunionnaise qu’il connaît bien, « leur constitution en syndicat interprofessionnel leur permet de définir quelle valeur ajoutée dégage chaque acteur, et de se répartir le charge tout en continuant à gagner de l’argent sans trop impacter le client. »

Ne pas mettre tous les œufs dans le même panier

Difficile de sécuriser les approvisionnement pour développer la filière par cette mauvaise météo de trafic maritime

Quant aux répercussions sur le panier de la ménagère, il est inévitable selon lui, mais pas dans des proportions exagérées, « les producteurs d’œufs vont forcément répercuter, mais il s’agit de 40 centimes de plus sur une plaquette de 30 œufs. »

Il reste donc une issue pour les éleveurs de Mayotte : tendre vers le modèle réunionnais, pour absorber les chocs sur l’ensemble de la filière, d’amont en aval, et imposer une péréquation sur les prix.

De son côté, le producteur de nourriture animale qu’est Ekwali est étroitement surveillé, car il va devoir répercuter à la baisse des coûts de transports qui finiront bien par s’infléchir : « C’est une obligation pour nous. Nous avons des aides de l’Europe sur les importations des matières premières, nous devons répercuter les prix à la baisse, notre comptabilité est examinée de prés ». Avec rigueur ? « Oui, nous sommes contrôlés sur des semaines entières par trois organismes alternativement, l’Odeadom, l’Union européenne ou les Douanes ». Ce que nous confirme Bastien Chalau-Giraud, directeur adjoint de la Direction de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt (DAAF) : « Les aides POSEI de l’Europe, sont intégralement répercutées dans le prix de vente, le provendier ne fait pas de marge la dessus, c’est très contrôlé ».

Outre les prix, ce qui inquiète les éleveurs, ce sont les possibles ruptures d’approvisionnement. Sur ce sujet aussi, la DAAF veille, nous indique son directeur : « Au regard de la flambée des prix des containers, Mayotte n’est pas dans les priorités de circuit de l’approvisionnement maritime. La durée d’arrivée d’un container, c’est 4 mois en moyenne. La préfecture nous a donc demandé de mettre en place un suivi des stocks, pas seulement sur la nourriture animale, mais sur certains aliments de la vie courante pour essayer d’anticiper d’éventuelles pénuries. »

C’est une condition sine qua non de structuration des filières, « nous avons en perspectives les développements de production de la volaille et des œufs, il faut donc sécuriser la commercialisation mais aussi l’approvisionnement. » Et difficile d’y arriver par cette mauvaise météo des prix du trafic maritime.

La visibilité n’est pas grande sur la fin de la flambée mondiale des tarifs de transport maritime, la compagnie maritime CMA CGM nous avait indiqué qu’il faudrait patienter « au moins jusqu’au Nouvel An chinois ». Qu’on pourra célébrer avec une omelette au tofu…

Anne Perzo-Lafond

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

AVIS DE CONSTITUTION AUTO SHOP 976

139522
  Par acte SSP du 14/09/2022, il a été constitué une SAS dénommée : AUTO SHOP 976 Siège social : 25 Rue Bahoni 97615 Pamandzi Capital :...
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Campagne, politique, Mayotte

Tribune – De l’art du discours à la formule

139522
Qui pour relever les défis de nos grands orateurs du passé ? Peu de noms émergent de la tribune de Madi Abdou N'tro, voire aucun, sur les dernières campagnes, laissant sans doute "un sentiment d'imposture" chez les électeurs

Départementales Sada : remaniements en vue au conseil départemental

139522
L’issue du scrutin a parlé : c’est donc le binôme Soula Saïd Souffou/Mariam Saïd Kalame qui intègre les bancs de l’assemblée départementale. Ce qui implique des réélections au menu du conseil départemental les jours prochains. Avec l’éventualité d’une refonte complète des vice-présidences, comme nous l’expliquons

Départementales partielles : Soula S. Souffou et Mariame S. Kalame élus avec 52,26% des voix

139522
Ils étaient en tête au premier tour, et ont creusé l’écart à l’issue du second : le binôme surprise Souffou/Kalame qui n’était pas présent sous cette configuration en 2021, est le nouveau duo d’élus qui intègre le conseil départemental.
Comores, Azali Assoumani

Comores : un ténor de l’opposition appelle à une désescalade politique

139522
L’ancien gouverneur de la Grande-Comores, Mouigni Baraka Said, estime qu’il est temps de dialoguer avec le président Azali Assoumani dans l’intérêt du pays et de la population. L’homme politique se reconnait toujours dans l’opposition mais s’oppose toutefois à "ces querelles sans fin et sans véritable perspectives de sortie de crise". Une démarche mal digérée par les autres opposants qui refusent tout dialogue avec le président Azali Assoumani depuis son élection le 24 mars 2019.
Départementale, Sada, Mayotte

Départementales partielles à Sada : Saïd Souffou-Mariam Kalame en tête

139522
Le 1er tour de l'élection partielle des conseillers départementaux du canton de Sada se tenait ce dimanche 25 septembre. Le canton est toujours scruté de prés pour être l'un des épicentres politiques locaux. Les élections...