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dimanche 16 juin 2024
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« Murmures des décasés », de Mayotte à l’hexagone, l’histoire continue pour l’équipe créative de Djodjo Kazadi

Depuis sa création et sa présentation sur notre île, « Murmures des Décasés » poursuit sa lancée à destination du Lavoir Moderne à Paris, au mois de Mai, puis du prestigieux Festival d’Avignon en Juillet. Derrière ces péripéties, une histoire vraie de Petite Terre. Celle d’un ancien quartier, de ses habitants, les murmures des souvenirs, rassemblés dans une création où le corps fait acte de message social et politique. Djodjo Kazadi, le créateur et chorégraphe inspiré, nous raconte la genèse aux côtés de ses collaborateurs artistiques.

Sur le boulevard des crabes en Petite-terre, à seulement quelques pas de la barge de Dzaoudzi, au Royaume des fleurs, la compagnie Kazyadance a créé MURMURES DES DÉCASÉS : spectacle vivant mêlant danse, chants et textes ; une œuvre à part entière que son auteur-metteur en scène aime définir par ses mots : « C’est un moment de vie, on peut continuer d’en parler après. »
Djodjo Kazadi est un mahorais d’adoption, danseur, conteur, chercheur de récits forts et poignants. Il a fait de son art une arme à la sincérité renversante. Avec ses collaborateurs, s’est développé le choix d’offrir une vraie proposition artistique, tout en créant des œuvres avec un message important pour Mayotte. Il aime expliquer les récits qui nous entourent avec ses mots, ses gestes de bras bien dessinés, tel un danseur qui en a fait son métier. Kazyadance en swahili veut dire « le travail de la danse ». Et en shimaoré  « celui qui ne s’arrête pas de danser ». Les langues se rencontrent dans l’art de la scène.

L’origine c’est l’Histoire

Derrière l’œuvre achevée Murmures des décasés, se cache les récits du passé, d’une communauté historique de Pamandzi. Avant l’aéroport actuel, ce coin de Petite Terre avait connu le quartier des Décasés. Un petit village qui, depuis, a été déplacé. Djodjo raconte qu’il a été interpellé par les fables et contes des habitants. « J’ai toujours voulu comprendre l’environnement dans lequel je vis aujourd’hui avec des enfants qui me posent des questions » explique le metteur en scène.

Alifeyini Mohamed et Djodjo Kazadi devant l’entrée du Royaume des fleurs

« Je ne veux pas être à cet endroit, étranger pour eux. Je veux m’approprier le territoire pour répondre aux questions que mes enfants posent. Donc, avant de créer un dialogue avec les enfants, il fallait que je crée un dialogue avec mon environnement. » Djodjo a commencé par aller à la rencontre des anciens qui ont vécu dans ce quartier, pour récolter des témoignages. Il a écouté leurs histoires avant que l’aéroport soit ce qu’il est aujourd’hui. Ce qui paraît presque totalement abstrait, voir au-delà de l’imagination. En poursuivant sa quête des récits, il est tombé sur les manuscrits de son beau-père, un comédien et écrivain à la plume théâtrale. De là, il a trouvé de quoi puiser dans tout ce qui était raconté à travers plusieurs livres inédits, restés dans un cadre privé et familial. La part incomplète de toutes ces versions d’histoires rassemblées, fit naître chez Djodjo, le désir profond d’une œuvre à part entière laissant découvrir ces « murmures » aux yeux de tous. « C’est au public de trouver sa vérité. »

Le corps, un outil de création

Dans l’absolu, au Royaume des Fleurs, c’est à la danse que l’on fait une première place. Une manière de s’exprimer de façon plus spontanée avec son corps. Comme l’explique le fondateur, il aime partager cette créativité que l’on peut retrouver chez des maîtres tel que le chorégraphe Américain William Forsythe, pionner de la reconsidération déconstructive du ballet classique. Djodjo évoque ses influences avec deux femmes : la chorégraphe allemande Pina Bausch, à l’origine des danseurs qui ne sont pas danseurs, mais qui le deviendront quoi qu’il arrive ; et la danseuse Française Maguy Marin, dont l’esthétique créative et le mouvement force la source d’inspiration.

Alifeyini Mohame l’un des danseurs révélé au Royaume des fleurs

« Ces femmes m’ont inspirées par leurs propositions différentes et marginales. » Kazyadanse ouvre sa porte à celles et ceux qui veulent s’exprimer de toutes les manières, mais surtout apprendre, comment les faire ressortir et exister réellement sans doutes, ni inquiétudes. Alifeyini Mohamed, un jeune danseur de la dernière création, s’est découvert entre les murs de cette bâtisse. « Ici, c’est un vrai laboratoire. » comme le dit Djodjo et Marie Sawiat, la co-fondatrice du Royaume des fleurs.

De l’île aux parfums à l’hexagone, une vraie promesse

Fort de son succès à Mayotte, MURMURES DES DÉCASÉS, prend le chemin d’autres salles hors de notre territoire. Après avoir connu plusieurs représentations au Royaume des Fleurs, la création emmène dignement une belle troupe à plusieurs milliers de kilomètres. Une organisation à ne pas négliger, mais qui force à croire que tout est possible pour promouvoir notre beau département. Ainsi début mai, pas moins de trente personnes prendront l’avion en direction de Paris. Grâce à quelques soutiens et subventions de la D.A.C. (Direction des affaires culturelles), du Ministère des Outre-Mer et du département de Mayotte, Kazyadanse entraîne l’ensemble de son équipe, les danseurs et les techniciens, dont Alifeyini Mohamed, le comédien El Badawi Charif et le créateur lumière Samir Hamadi. Il était important que de dignes représentants de l’île soient présents à cet événement inédit au Lavoir Moderne, une des salles mythiques du XVIIIème arrondissement de Paris.

Affiche de Murmures Des Décasés, programmé au Lavoir Moderne à Paris en mai

Pendant une semaine, la troupe accompagnée du CCLEJ de Pamandzi, pourra s’acclimater avec le lieu et l’espace, avant une première représentation publique le 11 mai. Marie Sawiat, ne cache pas sa réelle prise de conscience à l’idée d’une telle logistique. Mais il est difficile d’imaginer qu’il ne s’agit pas d’une grande excitation, que de vivre cette expérience unique, mettant ainsi une vraie lumière sur les récits mahorais. Un beau coup d’essai, qui se poursuivra lors du non moins populaire Festival d’Avignon. Un pas de plus pour la culture à Mayotte, aux yeux du reste de la France. Une démarche similaire, comme aime à le souligner Marie, pour soutenir les artistes dans leur accomplissement. « On veut leur prouver qu’on ne les lâche pas. » La complexité de vivre de son art dans le dernier département français persiste ; entre autres dû à l’attente de la mise en place officielle du statut d’intermittent du spectacle, qui commence à devenir une urgence. Mais les plus téméraires, à l’instar de Kazyadance, cherchent par tous les moyens à permettre à leurs artistes une vie décente, tout en gardant le regard vers l’horizon créatif.

Le rappel des dates à ne pas manquer

La création MURMURES DES DÉCASÉS se produira au Lavoir Moderne à Paris du 11 au 15 mai 2022. La troupe reviendra pour une présentation unique au Pôle Culturel de Chirongui le 28 mai 2022, date à laquelle il est très fortement conseillé de réserver en amont. Et enfin, pour celles et ceux qui ne dérogent pas à la règle du plaisir coupable d’un des plus grands événements théâtraux : le Festival d’Avignon invite dans sa programmation l’unique représentant de Mayotte, tout le mois de juillet. Il ne manque plus qu’à souhaiter gloire et prospérité à la compagnie Kazyadanse qui participe fortement à la connaissance des cultures de notre île si riche en histoire.

Germain Le Carpentier

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